Retour dans le passé...

Publié le

Ci-dessous l'extrait de l'édito d'Edvy Plenel, sur Médiapart, avant-hier.

Tout en cherchant à masquer cet échec, cette exacerbation du national comme pathologie de l'identité et fantasme de l'autre, comme fixité et fermeture plutôt que comme mouvement et ouverture, dévoile ce qui est politiquement à l'œuvre derrière le personnage présidentiel, les références partagées qui unifient son propre entourage et celui de son premier ministre, le projet idéologique qui réunit leurs principaux collaborateurs et conseillers. Ici, deux discours font preuve. Ils ont été pesés, pensés et mûris.
 L'un a inauguré la séquence « Identité nationale », explicitant la mission confiée à Eric Besson : c'est celui de Nicolas Sarkozy à La Chapelle-en-Vercors, le jeudi 12 novembre. L'autre l'a prolongée, maintenant le cap malgré la polémique croissante : c'est celui de François Fillon, au colloque de l'Institut Montaigne, à Paris, le vendredi 4 décembre. Deux discours, deux moments, deux personnalités, deux fonctions, et, cependant, du président de la République au premier ministre, le même contenu, les mêmes références et la même intransigeance.
Il faut les lire avec attention, mot à mot, ligne à ligne, afin de prendre l'exacte mesure du retour en arrière que MM. Sarkozy et Fillon veulent imposer à la France. Une régression dont le levier est une insidieuse négation historique, révision mensongère de notre passé aux fins de libérer, honorer et banaliser les idées, les hommes et les époques qui ont incarné le refus des idéaux démocratiques et républicains.
Le discours de Nicolas Sarkozy, d'abord. « Depuis deux cents ans, à part l'expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme n'a menacé nos libertés. C'est que la culture française est irréductible au totalitarisme » : ne se rendant même pas compte de l'énormité de ce qu'il affirme, le président de la République énonce ce mensonge juste avant d'affirmer qu'en 1989, avec la chute du « Mur de la honte », « les valeurs de la démocratie et de la République triomphaient ». Pour le coup, c'est la France qui, soudain, a honte. Car, d'une phrase d'une seule, l'actuel chef de l'Etat vient d'effacer le souvenir de l'Etat français de Vichy (1940-1944) et des indiscutables crimes du régime incarné par Philippe Pétain – synonyme de dictature personnelle, de terreur policière et de persécution raciale. Lequel régime, on l'oublie trop, issu de la droite extrême plutôt que de l'extrême droite, garda, au grand dam des authentiques fascistes français, trois des symboles nationaux auxquels Nicolas Sarkozy voudrait aujourd'hui, dans le même discours en Vercors, réduire l'« honneur d'être français » [...] Cette énormité fut donc prononcée dans un discours dont les trois autres points d'ancrage sont l'affirmation de « la Chrétienté » (avec majuscule) comme identité première de la France, placée pour la forme à équivalence avec les Lumières ; la dénonciation de « l'égalitarisme » comme source du renoncement et de l'abandon national ; enfin, la revendication du rétablissement de l'autorité comme priorité, autorité explicitement identifiée à celles de la police et de l'Etat, lesquelles institutions sont ici libérées de toute définition contraignante – « la Police », elle aussi avec majuscule, et non pas la police républicaine [...]
« Être français, c'est d'abord appartenir à un très vieux pays d'enracinement. » La France de François Fillon, dans le même discours, est par essence une immobilité, une « France des origines » tissée de « lignées anciennes ». C'est pourquoi l'imaginaire de ce nationalisme conservateur est d'abord géographique, fait de paysages éternels, tant il redoute l'histoire imprévisible, ses ruptures, ses mouvements, ses aléas, sa liberté en somme. Exprimant une peur panique du présent et du mouvement, de l'inattendu et de l'imprévu et, donc, de l'hôte de passage, de l'invité surprise, bref, du surgissement du monde, il a pour mot de passe, de l'antidreyfusard Maurice Barrès au souverainiste François Fillon, l'enracinement. Et pour cible, évidemment, les déracinés, titre du plus connu des bréviaires barrésiens. Les déracinés, autrement dit tous ceux qui témoignent d'identités de relations plutôt que de racines, d'identités en mouvement et en déplacement, faites de liens et d'échanges, de brassages et de mélanges, de rencontres et de partages [...]


Et oui, ça fait très très peur. L'analyse de Plenel se poursuit ainsi :

Critique de l'égalité, éloge de la chrétienté, hommage à la royauté, méfiance de l'étranger, enracinement de la nation, soumission à l'autorité, etc. : tous les refrains actuellement mis en musique par le pouvoir ramènent à ces sources idéologiques de la droite extrême d'avant-guerre, jusqu'alors tenues en lisières d'une droite de gouvernement peu ou prou issue du gaullisme. Telle est la véritable rupture incarnée par Nicolas Sarkozy : la clôture du gaullisme comme s'il ne s'était agi que d'une parenthèse ouverte par un accident historique – la défaite de l'Allemagne nazie et, donc, de la « Révolution nationale » de Vichy qui avait saisi comme une divine surprise l'opportunité offerte par la collaboration avec le IIIe Reich. Les racines du sarkozysme plongent au-delà, retrouvant l'idéologie des droites extrêmes d'avant-guerre pour inventer la cohérence d'un pouvoir qui allie, de façon inédite, souverainisme nationaliste, libéralisme économique et illibéralisme politique.


L'inégralité de l'article se trouve sur ce lien.
Je ne saurai trop vous conseiller de lire les deux discours, et d'aller jeter un oeil au second projet de loi sur Edvige.
Croyez-moi, ça fout VRAIMENT les boules...

Publié dans charlottebousquet

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

fablyrr 10/12/2009 12:57


cette dite régression fait en effet très peur, car même le ton et langage employés sonnent comme des paroles de l'époque de Vichy. Je n'y était pas, mais j'ai une espèce décho qui se fait en lisant
cela....