La chouma du dimanche

Publié le par Charlotte Bousquet

Deux articles qui font honte - la chouma, en dialectal. Et la chouma, c'est plus fort, parce que mêlant à la fois la honte et le déshonneur. Pourquoi ? A cause de ça...

La construction du nouveau centre de rétention (CRA) du Mesnil-Amelot (77) est achevée. L’ouverture est prévue dans quelques semaines. Avec 240 places de rétention, ce centre sera le plus grand de France. Il s’ajoutera au premier CRA du Mesnil-Amelot, qui compte déjà 140 places. L’entrée en fonction de ce véritable camp marque une nouvelle étape de ce que les associations de défense des droits des migrants ont qualifié depuis 2004 d’industrialisation de la rétention. D'exceptionnel, l'enfermement des personnes en situation irrégulière devient peu à peu un outil banal de la politique migratoire. Le futur centre de rétention comptera 240 places dont 40 places réservées aux familles. Il est organisé en 6 "unités de vie" de 40 places, disposés autour de deux bâtiments administratifs jumeaux eux-mêmes reliés par une passerelle de commandement. Une double enceinte grillagée et barbelée entoure l’ensemble du camp. Des dizaines de caméras et des détecteurs de mouvements complètent ce dispositif carcéral. Comme pour le CRA de Vincennes, l’Administration utilise la fiction de deux centres de rétention mitoyens pour contourner la réglementation : celle-ci limite à 140 places la capacité d’un centre de rétention. La construction envisagée de deux salles d’audiences à proximité immédiate du camp instituera une justice d’exception éloignée de tout regard de la société civile. Un centre de 240 places représente une moyenne de 40 arrivées par jour (c’était le cas au CRA de Vincennes avant l’incendie du 22 juin 2008). Comme l’a montré la situation de Vincennes, ce type d’univers déshumanisé favorise, encore plus qu’ailleurs, le non-droit, les violences, les auto-mutilations et les tentatives de suicide.

Et puis, je suis désolée, mais centre de rétention, ça fait vachement campd de c...  Non ?

Bref - une pétition est à signer sur le site de la CIMADE. Et pour tout savoir, c'est par ici.

Paradoxe : aujourd'hui, on peut avoir une bourse d'études en France, et être expulsé! Ci-dessous, un extrait de l'article sur le sujet, par Fini de rire.

S. Y. et L. A., étudiantes comoriennes, se rendaient à pied de leur résidence universitaire à Pau à leur université lorsqu’elles ont été contrôlées par des policiers en civil, lundi matin vers 9h. (...) Nées aux Comores, vivant depuis l’âge de trois ans à Mayotte où elles ont eu le bac de France. Leur titre de séjour Etudiant ne leur a pas été renouvelé, et sont sous le coup d'une OQTF (Obligation de quitter la France avant un mois).


Ca fait rafle, non ? Et je me demande un truc, ces filles qui ont été "contrôlées par des policiers en civil", c'était sur quel motif ? Leur couleur de peau ?

Deux jeunes étudiantes arrêtées à Pau sur le chemin de la fac, transférées à Paris pour une expulsion vers Les Comores, un pays qui n’est pas le leur ! (...) Lundi 25 janvier un peu avant 10 heures, deux jeunes filles de 20 et 23 ans quittent leur chambre de la cité universitaire Corisande d’Andoins de Pau pour aller suivre leurs cours de géographie à l’université. Deux hommes en civil les guettent, les interceptent et les emmènent dans une voiture garée plus loin. Ce sont des fonctionnaires de la police aux frontières qui les conduisent au commissariat de la police aux frontières de Billère, à côté de Pau, où, pendant plusieurs heures, elles subissent des interrogatoires et doivent se soumettre à des formalités. S. Y. et L. A. ont presque toujours vécu en France. Elles étaient toute petites quand leurs familles sont venues à Mayotte. Elles y sont allées à l’école, puis au collège et au lycée. Elles y ont passé le bac. - S., qui a 23 ans, y est restée 16 ans jusqu’en 2008, date à laquelle elle a obtenu une bourse pour venir étudier à l’université de Pau où elle s’est inscrite en 1ère année de géographie. - L., 20 ans, est restée 18 ans à Mayotte, jusqu’en 2008 où elle est venue avec S. à Pau, pour les mêmes raisons, également avec une bourse. L’arbitraire de cette interpellation tourne à l’absurde quand on sait que le père [de S.] est français ! Cette situation ubuesque s’explique par les vicissitudes subies par l’île de Mayotte et ses habitants. Monsieur Y. est redevenu Français par réintégration, il y a plusieurs mois, lorsque le statut de l’île a changé. Pas sa fille, qui était déjà majeure. Quant à L., elle est sous la tutelle de sa tante depuis qu’elle est toute petite. Sa tante est française, ainsi que le mari de celle-ci… L., non, en dépit du fait qu’elle vit depuis sa petite enfance sur un territoire qui dépend de la France depuis des années. Ils habitent Mayotte. S. et L. sont sérieuses et assidues, elles sont venues pour étudier et avoir des diplômes universitaires. (...) Les problèmes des deux amies viennent du refus de renouvellement de leurs cartes d’étudiantes, en juin 2009 : elles sont entrées en France sans visa d’étudiant, car elles n’avaient pas encore la réponse du CROUS en octobre 2008 et les cours commençaient. Trois jours après leur arrivée à Pau, le CROUS répondait favorablement à leur demande. Mais c’était déjà trop tard : elles sont considérées comme entrées irrégulièrement sur le territoire. S. et L. ont été transférées de Pau vers le CRA de Cité à Paris, prélude à une expulsion rapide et forcée. Le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) statuera ce mercredi 27 à partir de 14 h sur la légalité de la procédure. Mais elles risquent d’être expulsées très vite vers La Grande Comore, une île où elles n’ont aucune attache : elles n’ont pas de famille là-bas, elles n’en parlent pas le dialecte, elles n’ont pas assez d’argent pour prendre le bateau ou l’avion qui les ramènerait chez elles à Mayotte, si tant est que l’administration les laisse circuler vers Mayotte.

La France devrait mettre sa devise en berne - officiellement je veux dire. Liberté, égalité, fraternité ? ... Où ça ? La chouma je vous dis.

L'intégralité de l'article est sur ce lien.


Et comme c'est dimanche, une petite doll quand même. Demain - ou mardi, c'est selon - je vous parlerais de mes dernières lectures.

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Publié dans charlottebousquet

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charlotte 08/02/2010 10:39


Lu ce matin : http://www.lemensuelderennes.fr/article/actualite/pour-les-militants-la-base-eleve-permet-dinformer-la-police/index.html


Fablyrr 07/02/2010 16:19


Sur la place de la Bastille même. Du coté du quai de l'Arsenal. Il y a une tente.


fanny 07/02/2010 13:05


Les photos sur ton blog sont impressionnantes. Elle est où l'expo ?


fablyrr 07/02/2010 12:57


sur les arrestations et contrôle d'identité il y a des "belles" photos à l'expo EXIL EXIT.


fanny 07/02/2010 12:14


Non, centre de rétention n'est pas camp de c. Il y a déjà tant à dire, à faire, il y a déjà tellement de honte, de scandale, d'incompréhension. Oui on peut employer le mot raffle, parce que c'est
bien de ça qu'il s'agit, mais non pour l'amalgame entre CRA et les camps.
Mais l'indignation peut faire déraper même les meilleures...