Faire ce que l'on peut

Publié le

Des articles comme celui-ci, lu sur Fini de rire :

"Les centres de rétention et les zones d’attente aux frontières sont les seuls endroits en France où des mineurs de 13 ans sont privés de libertés. Des enfants très jeunes et même des nourrissons sont ainsi retenus. Le placement de ces enfants est donc inadmissible et même révoltant, ici comme en tout autre lieu d’enfermement." "Aucun mineur de 13 ans ne peut, rappelons-le, être détenu pour une infraction quelconque. (…) S’agissant des centres de rétention, cette situation est d’autant plus choquante que ces enfants n’ont évidemment rien à se reprocher si ce n’est d’être des enfants.". C’est la suite du préambule d’une proposition de loi que Serge Portelli, magistrat et vice-président du Tribunal de Paris, a remis aux groupes parlementaires de l’Assemblée Nationale et du Sénat.
[...]
En attendant, le traitement des mineurs par les CRA peut encore être "amélioré". Ainsi, selon un message du mardi 5 janvier 2010 à 20h : "Le jeune retenu [au CRA de Vincennes, ndlr], mineur, qui a fait deux tentatives de suicide, vient d'être lâché, pardon relâché, dans les bois de Vincennes, juste ses baskets aux pieds (mais avec ses lacets, quand même!)". L’ASSFAM précise que c’était pour "incompatibilité avec la rétention"! Un jeune congolais de 16 ans a eu plus de "chance" : pour ne pas le mettre à la rue, un hôpital le garde depuis trois mois. Il est guéri, mais il n’a pas le droit de sortir, prisonnier qu’il est de la jungle administrative.


Il faut dire que sans Défenseur des enfants, tout devient possible.

... Ou bien comme celui-là, de Jade Lindgaard, sur Médiapart :

Un documentaire, Copenhague, chronique d'un accord inachevé (ce soir sur Canal plus à 20h45) sur les négociations du climat, apporte un éclairage intéressant pour commencer à répondre à cette question. Suivant les pas de Laurence Tubiana, fondatrice de l'Iddri, directrice des biens publics mondiaux auprès du ministère des affaires étrangères, et pilier de la délégation française, le film raconte six mois de discussions au sein de la convention de l'Onu sur le climat : Bonn, Bangkok, Copenhague. Des extraits de séances internationales de discussions, des interviews de Rajendra Pachauri, le président du Giec, de Nicolas Stern, auteur du rapport historique sur le coût de l'inaction contre le changement climatique, de Michael Zammit Cutajar, le président de l'un des principaux groupes de travail multilatéral de la négociation. En rappelant les principaux faits marquants de 2009 (refus des Etats-Unis de signer le protocole de Kyoto, avancée chinoise, isolement progressif de l'Union européenne), le film dresse le tableau du contexte dans lequel s'est déroulée la COP 15. Et là une évidence éclate au grand jour : c'était perdu d'avance ! Tout au long de l'année 2009, les signes négatifs se sont multipliés. Les blocages n'ont cessé de se durcir. Et les difficultés s'intensifier. Pourquoi donc, malgré tout, aussi nombreux ont été les diplomates, les experts, les politiques, les militants, les journalistes à croire qu'un accord historique (c'est-à-dire juridiquement contraignant) était possible ? Alors même que les analyses des uns et des autres pointaient en temps réel l'immensité des problèmes à résoudre et que nul ne les a occultés?

Ces extraits d'articles ne sont que des gouttes d'eau, bien sûr - et je pense que chacun de nous peut être hélas témoin, lecteur de trucs qui font vraiment pas plaisir et non seulement sapent le moral, mais en plus donnent envie de se mettre du côté des ET (ou anges de l'Apocalypse) de Prédiction. Ici - en France - de plus en plus de personnes lâchent des "vous n'avez qu'à travailler" aux SDf ou "c'est pas la peine de les encourager" quand on leur donne un peu d'argent, les fourrures - ça paraît bizarre ? mais ça fait aussi partie du même mouvement - s'affichent sans vergogne, les arrestations sont de plus en plus nombreuses et brutales, on parle de cellules cancéreuses dans le vaccin de la Grippe A - j'en passe et des meilleures, les retourts d'hadopi, d'EDVIGE, la liberté d'expression grignotée...

Les auteurs de Fini de rire écrivent qu'une initiative a été proposée :

La proposition est d’ajouter un article au CESEDA (Code de l’Entrée et du Séjour des Etrangers et Demandeurs d’Asile) : “L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut, à quelque titre que ce soit, être accueilli dans un centre de rétention. Le placement prévu au présent article ne peut être ordonné lorsque l’étranger est père ou mère d’enfant mineur se trouvant sur le territoire national, à l’entretien duquel il contribue ou qui partage sa résidence. Il peut, si ses garanties de représentation sont insuffisantes, faire l’objet d’une assignation à résidence”. On peut retrouver en audio ou en vidéo la présentation par Serge Portelli de son initiative, lors de la journée 6 heures pour les droits de l’enfant organisée par le RESF le 22 novembre 2009 pour célébrer le vingtième anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE).

Jade Lindgaard se demande comment tant de personnes ont pu jusqu'au dernier moment croire et soutenir ce somment. Voici les réponses :
1) la foi, malgré toutes les critiques, dans le discours des chefs d'Etat. Et la confiance en la puissance publique. Bien peu imaginaient en fait qu'autant de dirigeants politiques se déplaceraient à Copenhague pour ne rien ou presque y proposer. L'afflux de chefs d'Etat, avec son parfum de sommet historique et d'évènement planétaire a créée une bulle d'illusion, un leurre. Mais cette erreur d'appréciation n'est pas seulement liée à l'ampleur et à la force du story telling déployé par les Etats. Si tant de personnes y ont cru, c'est aussi parce qu'elles continuent d'accorder un grand crédit et d'attendre beaucoup de leurs Etats. Cette conviction démocratique est malmenée à l'heure des pouvoirs post-modernes, ainsi décrits par Paul Krugman, le prix Nobel d'économie pour décrire des pouvoirs qui ne disent pas ce qu'ils font et ne font pas ce qu'ils disent. [...]
2) Le refus, envers et contre tout, du cynisme. C'est Laurence Tubiana qui le dit avec force et beaucoup d'émotion à la fin du film : « est-ce que ça vaut la peine de ne pas être cynique si tu sais que les cyniques gagnent toujours ? ». C'est contre la raison d'Etat, le clientélisme, l'égoïsme national que s'est construite la négociation internationale. Mais sa force performative est limitée. Son optimisme, son idéalisme et sa rigueur intellectuelle ont échoppé sur le « business as usual ». Fallait-il donc perdre ce temps et cette énergie là ? Non, diront les utilitaristes et les pessimistes. Sauf que l'on peut aussi se demander : que ce serait-il passé s'il n'avait pas existé cette foi et cette croyance en l'accord? Le camp des optimistes a exercé une pression, tracé des lignes rouges et empêché un échec plus retentissant, une catastrophe plus grande encore. Ce n'est donc peut-être pas que pour de mauvaises raisons que le monde du climat s'est bercé d'illusions sur Copenhague. Problème : cette justesse morale et cette exigence démocratique sont, seules, bien insuffisantes pour sauver le climat.


Je pense que ces mots "le refus, envers et contre tout, du cynisme" sont très importants. Tout le monde ne peut pas militer "sur le terrain", ou s'engager physiquement - en personne. Mais faire ce qu'on peut, ne pas se laisser gangrener par le cynisme - servi par une pensée utilitariste et économique - et se dire que "de toute façon on ne peut rien changer" et "faut être réaliste", est important. Informer, parler, vivre mieux quand on le peut (je veux dire, écologiquement aussi), faire - je prêche pour ma paroisse mais pas seulement - des actions dans son domaine pour aider des associations et les faire connaître... C'est aussi important. Pour continuer sur cette fameuse paroisse : CDS éditions, avec la collection pueblos, et certains autres ouvragessort une anthologie par an dont les droits sont reversés à une association. L'an dernier, c'était Coeur de femmes avec l'anthologie "L", cette année, ce sera Le Domaine des fauves, avec l'anthologie Fauves et métamorphoses.  Le jeu de rôles Project : Pelican reverse ses droits à Pine Ridge Enfance Solidarité.   Il y a CDS éditions, mais d'autres aussi - Actu SF, avec Appel d'air dont les droits sont reversés à RESF. Bientôt, les éditions du Riez, avec Contes du monde (droits reversés à Aide et action).

Résister - une saine lecture je vous l'assure - recueille les témoignages d'individus comme vous et moi (je cite le 4ème de couv) : Tandis que s'emballe la machine à fabriquer de l'exclusion, nombreux sont ceux qui ne se résignent pas. A la logique folle du "tout économique", à la montée d'une société radicalement inégalitaire, ils opposent les inventions du quotidien.

C'est l'idée. RESISTER. Agir - chacun à son échelle. Chacun faisant ce qu'il peut.

HOP.png

Je termine ce blog de la semaine par une doll (ci-dessus) et une saine pétition (après la saine lecture) : Pour supprimer le ministère de la Honte - pardon, de l'immigration et c'est sur ce lien.

Publié dans charlottebousquet

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Alexis, de Casa 11/01/2010 23:43


plutôt lire … quelqu'un d'autre le FERA à notre place…
tes lecteurs auront rectifié d'eux même…


Alexis, de Casa 11/01/2010 23:41


Bonne année Charlotte,
tu as bien raison, il faut faire ce que l'on peut, sans se dire que quelqu'un d'autre le fasse à notre place. Parce que la plupart du temps, quelqu'un d'autre ne voudra pas le faire, ou voudra
faire autre chose, et en plus il le pourra.
Tiens, par exemple, moi, je sens que je vais commencer à soutenir ces gars (et filles) là : http://blog.lajourneesansimmigres.org/
Parce que je pense qu'être contre le gouvernement c'est une chose, être contre sa politique… on peut.
Yes we can, comme disait l'autre !


charlotte 11/01/2010 12:09


Lire non pas : Mais faire ce qu'on peut, ne pas se laisser gangrener par le cynisme - servi par une pensée utilitariste et économique - et se dire que "de toute façon on ne peut rien
changer" et "faut être réaliste", est important.
Mais : Mais faire ce qu'on peut, ne pas se laisser gangrener par le cynisme - servi par une pensée utilitariste et économique - et ne pas se dire que "de toute façon on ne peut rien
changer" et "faut être réaliste", est important.