Et... T'en vis ?

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Je profite d'une pause café - et de la réception de mes exercices corrigés de "Ecrivain public" du CNED pour poster un petit billet. un truc qui m'a tarabustée, gênée et qui, finalement, m'amuse aujourd'hui. Un jour - mais je l'ai peut-être déjà raconté, je radote... - un jour, donc, chez de lointains amis d'amis, à l'heure ou blanchit la campagne juste avant la pluie, ma voisine de table, me demande ce que je fais. Moi, bêtement je réponds : "écrivain". Et elle : "Non, ton vrai métier, je veux dire..." Moi : "Ecrivain." Elle : "Et... T'en vis ?" Moi (un peu ennuyée sur le coup) : "Ben Non..." Elle (air soulagé) : "Ah." Ce "Ah", soulagé - un peu semblable au trois points de suspension du "c'est bien... ça" de Pour un oui, pour un non, al pièce de N. Sarraute, vous ne pouvez imaginer le nombre de fois que je l'ai entendu. "Ah" qui permet à l'interlocuteur de retrouver ses marques "écrivain, on n'en vit pas" parce que, écrivain - artiste en général, c'est comme pute ou taoueur, ce n'est pas un métier(là, spécial dédicace à ma copine Justine dont le bouquin sort bientôt et là j'attends vos cris d'hystérie)... "Ah", faisait donc cette jeune mère de famille, toute ragaillardie et renforcée dans ses certitudes - écrire est un hobbie, c'est comme peindre, danser, faire de la photo, de la musique ou sculpter. En revanche, maman... Eh oui, la questiuon qui suit en général est "Et... T'as des enfants ?" Au secours.
Bref. Foin de ces digressions. j'en étais à "Et... T'en vis ?" suivi du "Non" et du "Ah." parce qu'il y en a eu des tas d'autres, depuis. des "Et... T'en vis ?" Notez qu'à chaque fois, je suis restée à peu près polie. Avec, en proportion, allez, sur 15 personnes, 5 qui disent "t'y arriveras" (ce qui est bien, j'imagine) et le reste qui dit "Ah."
Maintenant, ces poupées qui disent "Ah", je les déstabilise un peu. A la sempiternelle question, je réponds "oui". Ce qui n'est pas tout à fait vrai, mais pas tout à fait faux non plus (mais aucune envie de me perdre dans des considérations économico-choses ni sur des côtés plus privés et autres billevesées). Et le Ah - toujours présent, de prendre une intonation incertaine, hésitante, parfois vaguement tremblante "Ah ?" Les certitudes d'une vie qui s'écroulent, le Père Noël n'existe pas, ce genre de choses... ca a un petit côté Pretty Woman, quelque part!!!




Publié dans charlottebousquet

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charlotte 26/10/2009 19:00


Ah, ben si c'est Proust, alors!!! ...


fanny 26/10/2009 17:33


Et pour revenir dans le vif de ton sujet, ça ne date pas d'hier - le t'en vis ? c'est pas un vrai métier, etc. etc. Proust écrit que, à l'aune du mérite que la société reconnaît à l'artiste,
Tolstoi écrivant  Guerre et Paix, est moins reconnu que le chef de bureau d'un sous ministère. C'est mieux dit bien sûr, mais l'idée générale est bien celle-là. Donc si Proust a été confronté
aux mêmes étonnements pleins de compassion...


Lacenaire 26/10/2009 17:22


AH ! Avec tant de réussites, nous pouvons le dire: AH ! Auteure et éditrice, ça marche et, même si c'est pas un salaire de cadre (quoique...), ça paie ! Cheers !


charlotte 26/10/2009 16:54


Heu... Tu sais où ?
Eh oui, la norme, la classification, les cases et les étiquettes... un bonheur!


fablyrr 26/10/2009 16:48


La norme je vous dis, la norme c'est ce qui est important dans la vie. Les métier passion c'est bien mais bon, elle est ou la productivité...et le chiffre