« Libera me », la très belle nouvelle écrite par Jean-Michel Calvez pour l’anthologie « L », était douloureusement présente dans mon esprit, hier, quand j’ai vu, avenue de la République, les « sanpapié » (pour reprendre un mot de Jean-Michel) expulsés de la Bourse du travail installés, sur le trottoir, à l’entrée de l’avenue… Femmes, hommes, enfants, tous derrière des barrières, sans flics, cette fois, m’a fait remarquer Fabien.
« Sanpapié » - à la merci des rafles – à l’aube, en pleine nuit ou au mois d’août (c’est comme les lois, c’est plus facile de faire passer la pilule quand les gens se dorent au soleil… loin.). « Sanpapié » privés du soutien des associations parce que politiquement trop délicats à gérer…
« Sanpapié » - des frères humains (pour reprendre les mots de François Villon), que l’on désigne sous un terme destiné à les classer, les objectiver, les priver de leur dignité.
« Sanpapié » - sans identité, simples chiffres, quotas et problèmes à éliminer pour des autorités qui se veulent avant tout gestionnaires, économistes et pourcentologues (ça n’existe pas, je sais).
Je repense à mes abrutis d’élèves (j’ai démissionné, je peux enfin le dire !), râleurs sur le principe, incapables de se bouger de manière générale – je repense à leur « on peut rien faire ça sert à rien »…
Si, « on » peut faire quelque chose. Se bouger avenue de la République. Apporter des fruits, des légumes, du pain, de l’argent, de l’eau. Un sourire, aussi. Prendre, si on a le temps, la peine de discuter un peu.
Se dire que tout ça est absurde. Que tout ça ne rime à rien. Que notre humanisme recule à pas de géant, que les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité qui étaient les fers de lance de la
République se sont perdues – dans un avion de la honte, sans doute ou dans un camp de concentration, pardon ! détention.
Et se retenir de vomir.
